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Les facultés
olfactives du chien
Les cellules
sensorielles olfactives du chien sont en contact direct avec l'environnement
extérieur. Avec environ deux cents millions de cellules olfactives (soit en
schématisant 1 million de fois plus que l'homme), il est facile de
comprendre qu’un chien peut reconnaître sans difficulté un morceau de tissus que
vous lui avez jeté au milieu d’un tas de chiffons. C'est en utilisant cette
extraordinaire sensibilité olfactive du chien, qui n'est en rien un sixième
sens, que l'on va former des "tandems chiens/conducteur" capable de suivre une
piste tracé par une personne.
Les odeurs
L'odeur peut
être définie comme un gaz éthéré qui émane d'un objet à la manière d’un fluide
avec des particules plus ou moins lourdes qui vont se libérer dans
l'environnement en fonction du temps, de la lumière et des conditions
climatiques. Le froid va ralentir leur diffusion alors que la chaleur va
favoriser leur émanation et donc de fait leur destruction à plus ou moins long
terme. Il est évident que le temps va conduire une odeur à se diluer de plus en
plus jusqu'à disparaître totalement dans un environnement ouvert.
Le vent a
prépondérance dans cette diffusion d’odeur par la mécanique des fluides. Il sera
nécessaire de bien comprendre et analyser les effets du vent sur les obstacles
avec les effets de pression et dépression ainsi que dans les passages étroits,
haies ou talus où les effets d'aspiration type "venturi" qui y sont courants,
sont de bons jalons pour la lecture du chien.
Les molécules
odorantes sont solubles dans l'eau, mais dans les flaques par exemple, cette
dissolution forme une concentration en surface.
Enfin comme le
cite Yves De meulière dans sa thèse de l’Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort sur
les Equipes Cynotechniques Sapeurs-Pompiers de France (Ecole
Nationale vétérinaire d'Alfort - année 2008) :
«Un autre
élément vient encore compliquer cette structure odorante pluraliste de la piste.
En effet, la composition en odeurs du tracé varie en fonction du temps. Ainsi,
durant la première demi-heure après le tracé, l’image olfactive de la piste se
compose principalement d’essences végétales assez éphémères et d'odeurs
humaines. Par la suite, les effluves humaines s'intensifient peu à peu pour
devenir majoritaires entre la première et la deuxième heure. Elles diminuent
ensuite progressivement, alors que commence le dégagement des odeurs de
putréfaction des débris végétaux et animaux. En fin de compte, l'odeur végétale
devient prédominante vers la quatrième heure et le reste pendant près de vingt
heures, bien qu'elle s'atténue petit à petit. Cette variabilité a une importance
considérable dans le travail du quêteur»
La
recherche du chien
Le chien qui
recherche fait appel à ses qualités olfactives pour détecter, analyser et
conserver les molécules de l’odeur des personnes que l’on va lui demander de
retrouver dans un contexte chaque fois différent, que ce soit géologique,
géomorphologue et environnemental. Il va devoir faire appel à sa mémoire, à sa
concentration et à un certain sens de l’initiative c'est-à-dire à son
intelligence adaptative pour faire des choix qui vont le mener à la personne
égarée.
Par son
comportement il va faire comprendre, par des signes subtils mais précis, les
zones de concentration où l’odeur recherchée est la plus forte. Le conducteur va
devoir par le jeu de la longe modérer son chien au départ et tout au long de la
piste pour obtenir une régularité de concentration afin d’éviter ainsi que le
chien ne fatigue trop vite dans sa recherche, ce qui revient à dire qu’une
parfaite complicité entre chien et conducteur est demandée dans une réciproque
confiance.
Les
entraînements
Au cours des
entraînements, le chien va apprendre à détecter le chemin emprunté
par la personne "égarée" grâce à l'odeur qu'elle aura laissé sur un vêtement
personnel (le référent). Il apprendra aussi à montrer à son maître les
objets que cette personne a pu perdre dans son parcourt.
Le
conducteur va apprendre à lire son chien. Il va devoir gérer ses différentes
allures, comprendre et agir en fonction de chacune des ses réactions et de ses
attitudes (repos, soif, besoins, remise à la piste si le chien est distrait
par des odeurs parasites).
Ces
entraînements commencent dans les espaces ouverts chemins, friches, champs,
stades, espaces public, sur de petites distances et petit à petit celles-ci
augmentent sur des terrains plus variés : espaces ouverts et herbeux, chemin
boisés, bois, parking, agglomération, autres et divers... où vont alterner petit
à petit une synthèse de ces espaces.
Il pourrait
être simpliste de penser que les chiens de travail sont de fait ceux qui ont
prédilection à faire de la recherche utilitaire. L’équation est différente, même
si la qualité première du chien est qu’il doit être parfaitement équilibré, il
ne faut pas mettre de côté les chiens un peu moins sûrs dans leur comportement.
Il est courant de trouver dans un groupe d’entrainements des chiens de races
diverses qui peuvent avoir des résultats similaires et a contrario des chiens de
même race avec des comportements différents… tout va se jouer dans le tandem
indissociable chien /conducteur et tout est question de travail.
Avantages de
la discipline
Il est
foultitude d’activités pour partager les moments privilégiés avec son chien que
ce soit en beauté ou sportives. Mais s’il existe une discipline bien
particulière où l’osmose existe entre le chien et le conducteur c’est bien la
Recherche Utilitaire. Particulière par le fait que nous sommes humblement au
bout de la longe et que seule l’initiative appartient au chien qui, par son
comportement sensoriel de lecture d’une trace, permet au couple
chien/conducteur d’avancer.
Si l’on ajoute
à cela que cette activité se pratique dans la campagne, dans des zones rurales
ou à la rigueur semi urbaines, que nous pouvons y croiser les autochtones,
découvrir des petits chemins, des lieux agréables à l’œil et où les inévitables
montées d’adrénaline passent par la longe pour s’arrêter à la truffe du chien,
on vit des moments magiques où l’improbable nous guide et le probable nous
conforte.
Avec la
pratique de la marche à pied salutaire pour la santé, le plaisir de voir le
chien n’exister dans l’instant que pour une odeur donne toujours des images
étonnantes… Bref tout un tas de subtilités qui font que si rien n’est acquis au
départ, si les erreurs sont toujours sujet à réflexion, c’est dans une
communion totale avec le chien, que la Recherche Utilitaire nous donne ce
sentiment d’indépendance qui est chère à notre esprit berger.
Les inconvénients de la discipline
Les
entraînements ont lieu par tout temps, aussi bien en hiver qu’en été.
La durée des
entraînements : l’apprentissage va se faire aussi bien sur la lecture de son
chien que sur la lecture des autres chiens. Ce qui veut dire que pour un
entraînement sérieux, il n’est pas envisageable de faire passer plus de 7 chiens
dans une journée.
Avant qu’un
chien fasse une lecture, il faut :
-
tracer une
piste,
-
revenir
par un autre chemin
-
laisser
refroidir la piste
ensuite
il faut :
-
que la cible
retourne se mettre au bout de la piste sans pour autant la polluer
-
lire la
piste et revenir aux voitures.
Si l’ont
ajoute à cela que les pistes ne doivent pas être concomitantes, que le chien ne
doit pas se fixer toujours sur la même personne à retrouver, que la
géomorphologie du terrain ne doit pas toujours être la même (le chien va
réagir en fonction de contexte géologique de façon différente) etc etc, on
peut dire que la RU demande du travail, de l’organisation et du temps
passé sur le terrain.
Avant de commencer à pratiquer cette activité canine
Pour ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure des épreuves canine de la
Recherche Utilitaire, il faut savoir que sur ces épreuves, le résultat ne
confirme en rien la valeur du chien par rapport à un autre du moins dans la même
catégorie, d’où l'esprit de la non compétitivité dans cette discipline.
D’ailleurs le vocabulaire qui la structure exclut certains mots, comme
concurrents, concours, classement et compétition.
En
fait chaque chien se trouve devant un problème qu’il doit résoudre et la
résolution de ce problème ne donne pas accès à un prix ou à un classement mais
seulement un accessit pour une classe supérieure.
Par le principe même de la recherche en espace libre et ouvert il n’existe aucun
stéréotype de piste, chacune est différente avec plus ou moins de problèmes, de
facilités ou de difficultés. Même si les organisateurs essayent d’avoir des
pistes qui se ressemblent ce n’est pas comme au pistage où les pistes sont
toutes sur le même support, la même forme, la même longueur, les mêmes
conditions climatiques, la RU c’est un peu l’aventure où les inégalités existent
et font parties du jeu.
Ce
qui fait la différence d’une piste à l’autre c’est déjà son lieu et son
contexte. Ensuite le traceur qui peut être plus ou moins vigilant dans la pose
de ses objets, la forme de la piste par elle-même, l’orientation du vent, les
horaires, les odeurs parasites, etc… et donc de fait tous ces facteurs génèrent
des impondérables. Si l’on ajoute le tirage au sort des ordres de passages il
est facile de comprendre que la part de chance y est importante.
Finalité
Même s'il est
utopique de penser que les pouvoirs publics vont faire appel aux amateurs que
nous sommes pour intégrer des équipes de secours professionnelles officielles (Gendarmerie,
Police, Pompiers, Sécurité Civile), il est agréable de penser que le chien
va, au cours des différentes phases de progression, acquérir des capacités à
retrouver des personnes pratiquement dans les mêmes conditions que dans le réel.
Et comme disait un juge rencontré sur une épreuve, "ce n'est pas
parce que nous ne pouvons pas le faire, que nous ne sommes pas capables de le
faire".
Généralités
Il n'est
besoin d'aucun matériel particulier, si ce n'est :
-
un
harnais,
-
une longe,
-
quelques
"vieilles chaussettes" ou autres,
-
si
possible une paire de bons émetteurs récepteurs performants qui permettent
de rester, dans toutes conditions en contact et dans ce domaine nous avons
trouvé la solution auprès des personne qui pratiquent le parapente,
-
si
possible un GPS type Evadéo qui intègre les cartes IGN du secteur où auront
été transmis avec l'aide de Carto-Explorer les parcours au format GPX...
et en plus de
ce matériel, pour fonctionner dans un groupe où ne peut que régner une certaine
homogénéité, il est nécessaire d'être animé par un esprit d'équipe et d'avoir:
-
un certain
sens de l’orientation et savoir lire une carte IGN,
-
connaissance de l’environnement pour bien appréhender les influences du
vent, les alternances ombres et soleil sur le tracé d’une piste, soit
laisser une trace en pensant "chien".
-
une bonne
forme physique, il est courant de faire entre 8 et 10 km dans un
entrainement, à une ou deux fois par semaines, il faut également avoir de
bonne chaussures…
-
connaissance des limites entre espaces publics et privatifs,
-
un esprit
convivial dans le relationnel avec les autorités locales en les informant
entre autres de nos entrainements sur leur commune,
-
une
signalétique chien/conducteur discrète mais adaptée aux règles de sécurité,
-
de la
patience et de la persévérance,
-
à déléguer
en faisant confiance aux autres,
-
à tracer
une piste sans esprit vicieux (le tandem est là pour apprendre) en
disposant les objets dans des endroits judicieux pour aider le chien comme
le conducteur,
-
en mémoire
de ne jamais vouloir mettre le chien en difficulté,
-
à analyser et à
comprendre le pourquoi et le comment des inévitables erreurs,
-
de la bonne humeur à
revendre.
Conclusion
Pour terminer il faut se lever tôt et marcher par n’importe quel
temps. . Sur le terrain, aucune organisation fantaisiste et aucun travail à
l'emporte pièce ne sont permis et comme il semble nécessaire de ne jamais faire
des pistes sur les mêmes lieux, une reconnaissance des pistes est bien souvent
nécessaire. Il est évident que les inconvénients exposés ci-dessus rebutent
beaucoup de clubs et de personnes. Certains clubs limitant volontairement le
nombre des pratiquants à cette discipline simplement par confort donnant une
autre vision du bénévolat et de la main tendue aux autres.
Au regard de ces contraintes mais également dans un désir de
s'associer pour partager nos connaissances, nous avons fédéré un groupe
actuellement de 13 personnes donc 14 chiens dans un total esprit d’ouverture au
sein de notre Amicale Canine.
Guy Roger |